Le premier soir, le pont est silencieux. Douze personnes qui se sont rencontrées quelques heures plus tôt sont assises autour d'une longue table, un peu sur la réserve, pendant que l'équipage jette l'ancre dans une crique sans route et sans autre lumière que celle du bateau. Le troisième jour, les mêmes personnes plongent depuis la poupe avant le petit-déjeuner, échangent des livres et débattent joyeusement de la prochaine escale. Ce changement est la vraie raison pour laquelle tant de voyageurs choisissent une croisière bleue partagée.
La côte turque entre Bodrum et Kaş est l'un des plus beaux endroits du monde pour ce type de voyage. La mer est calme une grande partie de l'été, les criques sont proches les unes des autres, et le gulet traditionnel en bois, construit précisément pour ces eaux, transforme un groupe d'inconnus en un petit village flottant pendant quelques jours.
Ce qu'est vraiment une croisière bleue
Le nom turc, Mavi Yolculuk, remonte à un cercle d'écrivains et d'amis de Bodrum, au milieu du siècle dernier, qui longeaient cette côte sur des bateaux simples, nageant, lisant et discutant pendant des jours. L'idée est restée la même alors que les bateaux devenaient plus confortables : voyager lentement par la mer, une crique différente presque chaque nuit, des repas sur le pont et beaucoup de temps dans l'eau.
Il y a deux façons principales de le faire. Vous pouvez affréter un gulet entier avec votre propre groupe, ce qui vous laisse maître de l'itinéraire et de la compagnie. Ou vous pouvez réserver une seule cabine sur une croisière partagée, où le bateau se remplit de voyageurs qui ne se connaissent pas. Cet article parle de la seconde option, la plus intéressante si l'une des raisons de vos voyages est de rencontrer des gens.
Choisir un itinéraire
Chaque port a son propre caractère, et l'itinéraire donne le ton de toute la semaine. La plupart des croisières partagées ont lieu entre la fin du printemps et le début de l'automne, pour une durée allant de quelques nuits à une semaine entière ; vérifiez donc le programme exact avant de réserver.
- Bodrum et le golfe de Gökova : des criques vertes et profondes, la pinède qui descend jusqu'à l'eau et de longues soirées tranquilles. Bodrum même est un bon endroit pour passer une nuit avant ou après.
- Marmaris et la presqu'île de Bozburun : une côte découpée, de petits villages de pêcheurs comme Selimiye et une forte tradition de construction de gulets.
- Göcek : un golfe abrité aux nombreuses petites îles et criques protégées, une eau calme et un rythme détendu, apprécié des plaisanciers.
- Fethiye : le point de départ de certains des itinéraires les plus conviviaux, souvent vers l'est le long de la côte lycienne, avec la Vallée des Papillons et de longues baignades en eau claire.
- Kaş et Kekova : une portion plus calme et plus isolée, avec les ruines à demi englouties d'une ancienne cité lycienne, au-dessus desquelles la baignade est interdite.
Si vous voulez un groupe animé, demandez à l'organisateur qui réserve habituellement tel ou tel itinéraire. Certains sont connus pour attirer de jeunes voyageurs et des soirées tardives sur le pont, d'autres des couples et des journées plus calmes. Aucun n'est meilleur ; tout dépend de la semaine que vous voulez.
La vie à bord avec des personnes rencontrées la veille
Un gulet est généreux sur le pont et modeste en dessous. Les cabines sont petites, souvent avec une minuscule salle de bains, et l'essentiel de la vie se passe dehors : coussins de bronzage à la proue, table ombragée à la poupe, échelle vers la mer. Vous passerez plus d'heures près des mêmes personnes que lors de presque tout autre type de vacances.
Cette proximité fait naître vite les amitiés, et c'est aussi pourquoi quelques habitudes simples comptent. Les croisières réussies sont souvent celles où chacun se montre attentionné dès le départ. Écoutez votre musique au casque sauf si tout le groupe est d'accord, respectez les heures calmes que suggère l'équipage, rangez vos affaires dans votre cabine plutôt que de les étaler sur le pont, et ne prenez pas les meilleurs coussins tous les après-midi. De petites politesses le premier jour évitent les agacements le cinquième.
Les repas se prennent généralement ensemble à une grande table, et c'est là que le groupe se forme vraiment. Beaucoup de bateaux servent une cuisine turque simple et fraîche : petit-déjeuner avec fromage, olives, tomates et pain, mezzés à midi et poisson grillé ou légumes le soir. Signalez vos allergies ou régimes particuliers à l'organisateur avant d'embarquer, car la cuisine est petite et les courses ne se font qu'au port.
Argent, boissons et questions pratiques
Avant de réserver, renseignez-vous précisément sur ce que comprend le prix. Les repas et la cabine sont normalement inclus, alors que les boissons, les taxes portuaires, les excursions facultatives et le pourboire de l'équipage ne le sont souvent pas. Les prix varient selon la saison, le bateau et l'itinéraire ; comparez donc plusieurs offres et lisez des avis récents plutôt que de vous fier à un seul site. Un organisateur sérieux répondra clairement à ces questions, par écrit.
Demandez comment fonctionnent les boissons à bord. Certains bateaux tiennent une note réglée à la fin, d'autres demandent au groupe de constituer une cagnotte commune. Se mettre d'accord tôt sur le partage des frais communs évite la seule conversation gênante qui pourrait gâcher la dernière soirée. Il en va de même pour les pourboires : beaucoup de groupes font une collecte commune pour l'équipage à la fin, et il est utile de connaître l'usage à l'avance.
Quelques détails pratiques font une grande différence. Voyagez léger avec un sac souple, car il y a peu de rangement. Emportez une crème solaire respectueuse des récifs, un chapeau et une couche légère pour les soirées parfois venteuses en mer. Si vous êtes sujet au mal de mer, choisissez un itinéraire en eaux abritées comme Göcek et parlez-en à un pharmacien avant le départ. Une assurance voyage qui couvre les activités en mer vaut la peine.
Quand les compagnons de bord deviennent des compagnons de voyage
Beaucoup de personnes qui se rencontrent sur un gulet continuent ensuite à voyager ensemble. L'un part vers la Cappadoce, deux autres s'envolent pour Istanbul, et le dernier matin les projets ont changé. Une semaine en mer est un moyen exceptionnellement efficace de savoir si l'on apprécie la compagnie de quelqu'un : on voit comment il gère la chaleur, les petits espaces, les repas partagés et les journées lentes.
Vous pouvez aussi commencer avant d'embarquer. Sur mytripdate, les voyageurs créent un profil, voient qui d'autre se rend sur la même côte et échangent des messages à l'avance. Certains s'en servent pour trouver un partenaire de cabine pour une croisière partagée, d'autres pour avoir un visage familier à bord ou quelqu'un avec qui explorer le port avant le départ.
Rester en sécurité et à l'aise
Les croisières partagées sont généralement détendues, mais le bon sens habituel du voyageur s'applique. Réservez auprès d'un organisateur établi, aux coordonnées claires et aux avis vérifiables, et payez par un moyen traçable plutôt qu'en espèces à un inconnu. Si vous convenez de partager une cabine avec quelqu'un rencontré en ligne, retrouvez-vous d'abord dans un lieu public, parlez franchement de vos attentes et assurez-vous de pouvoir passer en cabine individuelle si vous ne vous sentez pas à l'aise.
À bord, buvez à un rythme qui vous laisse à l'aise dans l'eau, ne nagez jamais seul la nuit et suivez les consignes de l'équipage sur les endroits où il est sûr de plonger. Gardez votre passeport et vos objets de valeur dans votre cabine. Et rappelez-vous qu'il est tout à fait normal de passer un après-midi seul à la proue avec un livre ; sur un bon bateau, personne ne s'en formalise.
À la fin de la semaine, le groupe se tient sur le quai, les sacs à ses pieds, en disant au revoir à des personnes qu'il ne connaissait pas quelques jours plus tôt. C'est la magie discrète d'une croisière bleue partagée : la mer fait l'essentiel du travail, et le reste consiste simplement à être un bon compagnon de bord.